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Entre pavés et poussières, les folles herbes poussent

Comme les herbes folles qui jaillissent d’une fissure, le collectif s’invite dans les interstices de l’histoire pour faire réapparaître ce qui a été effacé. Les autrices de théâtre de l’Ancien Régime ont longtemps été invisibilisées — non par simple oubli, mais par un processus d’exclusion structurel. Écrire, c’est exercer un pouvoir symbolique que l’Histoire a majoritairement refusé de reconnaître aux femmes.

Leur démarche est simple : partager avec le public la joie d’un théâtre brut, exigeant et populaire, dans l’esprit du tréteau — un jeu direct et vivant, joué principalement en espace public, au cœur des villages comme des villes, pour aller à la rencontre de celles et ceux qui pensent parfois que la culture n’est pas pour eux.

La Supercherie réciproque — une première mondiale

Leur spectacle phare est une comédie du XVIIIe siècle de Françoise-Albine Benoist, écrite en 1768 et jamais représentée depuis. La mise en scène du Collectif Les Herbes Folles en constitue la première incarnation scénique connue.

L’histoire : Rosalie, jeune roturière élevée comme une comtesse, refuse la place que son genre et sa condition voudraient lui assigner. Lorsqu’on veut la marier à un procureur, elle lui préfère Diapason, maître à chanter qu’elle croit noble. Pour se séduire mutuellement, ils s’inventent des identités. Cette supercherie réciproque devient un laboratoire social où se mesurent naissance, mérite et valeur individuelle. Sous couvert de morale, les dialogues fissurent l’ordre établi.

Six personnages, trois interprètes, six costumes. Le genre n’est pas un critère de distribution. Ce sont les costumes, portés, retirés, échangés, qui permettent l’identification des figures. Le corps, la voix, le rythme, l’adresse — c’est tout ce qu’il faut. La pièce laisse aussi une large place à l’improvisation, dans la continuité de l’esprit de la commedia dell’arte.

Une servante qui donne de l’argent à une reine

Parmi les moments qui ont marqué le collectif, Jean-Malik Amara cite une scène inoubliable : jouer une servante devant la reine Margrethe II de Danemark, assise au premier rang avec sa garde royale. Dans le jeu, le personnage lui a tendu des pièces de monnaie. Une servante qui donne de l’argent à une reine — c’est peu commun. C’est exactement l’esprit du collectif : renverser les codes avec élégance.

Collectif Les Herbes Folles — les trois interprètes en costume

Ce qu’on retient

Un sourire — et cette question : pourquoi ne m’a-t-on jamais parlé de tout ça avant ? À la sortie du spectacle, vous saurez qui était Françoise Pascal, ce qu’elle a écrit, de quoi ça parle. Et peut-être naîtra en vous l’envie de faire du théâtre. Parce que c’est contagieux.

Autres créations

Le collectif propose également Les Heureuses Feintes, un diptyque réunissant deux comédies du XVIIe siècle de Françoise Pascal — L’Amoureux extravagant et Le Vieillard amoureux — où la distribution est tirée au sort avec le public à chaque représentation. Et Les Éclipsées, une série de mini-conférences ludiques où chaque volet présente une œuvre du matrimoine théâtral.


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Jean-Malik Amara